Atelier d’écriture : l’alcool comme personnage

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Plongez dans l’atelier d’écriture alcool

Tu cherches une bonne excuse pour t’installer devant ton clavier ou ta feuille blanche ? L’atelier d’écriture alcool que je te propose cette semaine pourrait bien être la petite étincelle dont tu as besoin. Pas besoin de descendre à la cave ni de trinquer : ici, l’alcool ne se boit pas, il s’écrit. Et il peut devenir tout ce que tu veux – un ami envahissant, un personnage mystérieux, ou même cette vieille bouteille qui t’observe du haut de l’étagère depuis 1998.

L’idée est simple : on connaît tous quelqu’un qui a, ou a eu, un rapport particulier avec l’alcool. Parfois, c’est nous. Parfois, c’est un proche. Et parfois, c’est juste cette silhouette dans un bar qui reste dans notre mémoire sans qu’on sache pourquoi. Avec cet atelier, je te propose de plonger dans ce sujet universel, mais en gardant les rênes : tu choisis ton approche. Tu peux écrire sur l’alcool comme on écrirait sur un personnage de roman, avec ses dialogues, ses secrets, ses manies. Tu peux aussi partir d’un souvenir réel, ou inventer complètement.

Et puis, avoue-le : ça change des ateliers d’écriture où l’on décrit des couchers de soleil ou des chats sur un rebord de fenêtre. Ici, l’alcool devient matière à jouer avec les mots. Tu vas pouvoir travailler ton style, ton humour, ou au contraire, ton sens du drame. Le tout depuis chez toi, tranquillement, avec ton café, ton thé… ou ta limonade, c’est toi qui vois.

Tu es prêt ? Alors on ouvre la bouteille… de créativité, évidemment.

Écrire sur l’alcool : un sujet universel

Pourquoi l’alcool fait-il un si bon sujet d’écriture ? Parce qu’il est partout. Dans les fêtes de famille, dans les chansons, dans les films… et parfois, dans des moments où il n’a rien à faire là. Écrire sur l’alcool, c’est comme ouvrir un vieux grenier : on ne sait jamais si on va tomber sur un souvenir joyeux, un secret embarrassant, ou une vieille photo qui nous fait éclater de rire.

Et toi, tu as le choix. Tu peux décider que ton récit sur l’alcool sera un moment chaleureux : un repas, un anniversaire, un mariage où la bouteille de champagne devient presque un personnage secondaire. Ou bien, tu peux plonger dans une scène plus sombre, où l’alcool s’installe comme un invité qui ne sait pas partir.

Ce qui rend ce thème universel, c’est qu’il parle à tout le monde. Même si tu n’as jamais bu une goutte, tu as croisé l’alcool dans ta vie. Dans les publicités, dans un roman, ou chez un ami qui a peut-être un peu trop levé le coude. Tu peux donc l’aborder de mille façons : témoin, protagoniste, ou simple observateur.

La beauté de cet atelier, c’est que tu peux choisir la distance qui te convient. Tu veux rester dans la fiction ? Parfait. Tu veux écrire une lettre à l’alcool comme s’il était une vieille connaissance ? Fonce. Tu veux juste décrire une bouteille de gin comme si c’était un vieux monsieur grincheux ? Je t’encourage.

Bref, que tu écrives pour exorciser, pour comprendre ou juste pour t’amuser, ce thème t’offre un terrain de jeu énorme… et totalement gratuit.

L’alcool comme personnage : comment lui donner vie

Si tu veux que ton texte accroche vraiment, il faut que l’alcool cesse d’être juste un liquide dans un verre et devienne… quelqu’un. Oui, tu as bien lu : un vrai personnage avec ses répliques, ses mimiques et ses contradictions. Et crois-moi, il est déjà prêt à jouer ce rôle.

Travailler sa voix et son ton

Commence par imaginer comment il parle. L’alcool peut avoir la voix suave d’un chanteur de jazz, ou le ton sec d’un vieux patron de bistrot. Peut-être qu’il te tutoie sans gêne, ou qu’il t’appelle toujours “mon vieux” ou “ma belle”. Plus tu définiras sa manière de s’exprimer, plus il prendra vie.

Tu peux aussi lui donner un style changeant : le verre de vin rouge du dîner sera peut-être posé, presque philosophique, tandis que la vodka de soirée pourrait avoir un débit rapide et désordonné. L’alcool comme personnage te permet toutes les audaces : charmeur, colérique, tendre, cynique… à toi de choisir.

L’incarner par les détails

Les personnages prennent corps grâce aux détails. Imagine ses gestes : est-ce qu’il claque la porte en entrant ou qu’il se faufile discrètement ? Pense aussi aux sensations : l’odeur forte d’un whisky tourbé, le bruit sec d’un bouchon de champagne, la couleur ambrée qui accroche la lumière. Même dans un récit sur l’alcool, ces petites touches donnent une vraie présence.

Choisir son point de vue

Le narrateur change tout.

  • Première personne : c’est l’alcool qui parle, et là, attention… il peut mentir, enjoliver, ou avouer ses crimes.

  • Témoin extérieur : tu observes l’alcool agir sur quelqu’un d’autre, comme une force invisible mais bien réelle.

  • Victime : ton personnage subit l’alcool et raconte ce qui se passe de l’intérieur.

En jouant avec ces perspectives, tu transformes une simple boisson en protagoniste à part entière. Et tu verras : une fois que l’alcool se mettra à parler, il sera difficile de le faire taire.

Idées et déclencheurs d’écriture

Parfois, tu as le sujet… mais pas le déclic. Alors, pour cet atelier d’écriture alcool, voici une série de pistes prêtes à l’emploi. Tu peux les suivre à la lettre ou juste t’en inspirer. Le but, c’est de lancer la machine à idées.

  • Lettre à l’alcool : écris-lui comme à une vieille connaissance. Dis-lui merci, engueule-le, pardonne-lui, ou mets fin à votre “relation” d’un ton ferme.

  • La bouteille témoin : imagine qu’elle a tout vu. Une fête, une dispute, un premier rendez-vous… et qu’elle décide de raconter l’histoire à sa façon.

  • Deux scènes miroir : mets en parallèle une situation “avec” et “sans” alcool. Même lieu, mêmes personnages… mais deux ambiances complètement différentes.

  • Conversation imaginaire : dialogue entre toi et ton verre, où chacun a son mot à dire. Attention : le verre a souvent de la repartie !

  • Métaphores : l’alcool n’est plus une boisson, mais un animal, une saison, ou une tempête qui s’abat sur la vie du personnage.

Ces déclencheurs sont comme des clés : à toi de choisir celle qui ouvre la porte de ton récit sur l’alcool. Certains t’emmèneront vers une écriture drôle et légère, d’autres vers des pages plus graves et intenses.

Et rappelle-toi : il n’y a pas de “bonne” ou “mauvaise” façon de s’y prendre. L’important, c’est de commencer.

Conseils pratiques pour cet atelier

Tu as ton idée, ton angle, peut-être même déjà la première phrase. Mais avant de foncer tête baissée dans ton récit sur l’alcool, voici quelques repères pour écrire sans te perdre en route.

Trouver la bonne distance émotionnelle

Certains vont vouloir plonger dans du vécu, d’autres préféreront garder un coussin de fiction entre eux et le sujet. Les deux sont valables. Si tu écris sur quelque chose de personnel, autorise-toi à prendre du recul : change le lieu, les noms, ou même le rôle de l’alcool. Et si c’est trop lourd, bascule sur l’humour ou la métaphore, ça peut faire un bien fou.

Jouer avec l’humour et l’ironie

Ce n’est pas parce qu’on parle d’un sujet grave qu’on doit tout écrire dans la gravité. L’humour, même léger, peut rendre un texte plus fort. Imagine un whisky qui parle comme un vieux professeur de latin, ou une bière qui se croit en mission humanitaire. En écrivant sur l’alcool de cette façon, tu surprends le lecteur et tu rends ton texte mémorable.

Organiser son temps d’écriture

Ne te dis pas : “Il faut que j’écrive un roman”. Donne-toi plutôt un temps limité, 15 à 20 minutes par exemple. Ça te force à avancer, sans te perdre en détails inutiles. Si tu veux aller plus loin, reprends ton texte le lendemain pour ajouter ou couper ce qui te semble nécessaire. Et surtout : relis à voix haute. C’est là qu’on entend les maladresses… et les pépites.

Ce que je veux, c’est que tu sortes de cet atelier avec au moins une page qui te donne envie de sourire, de réfléchir, ou même de recommencer.

Participez à l’atelier d’écriture en ligne gratuit

Cet atelier d’écriture alcool est fait pour que tu puisses t’y mettre tout de suite, sans inscription, sans frais, et surtout… sans pression. (Sans jeu de mot bien entendu !)

Concrètement, tu n’as besoin que d’une feuille et d’un stylo, ou de ton ordinateur. Installe-toi là où tu es bien. Ça peut être à ta table de cuisine, dans ton canapé, ou même dehors si le temps s’y prête. L’important, c’est que tu sois dans un endroit où les mots peuvent couler tranquillement.

Tu écris ton texte comme tu veux. Il peut faire dix lignes ou trois pages, être drôle, poignant, absurde, poétique… ou tout ça à la fois. Si tu veux rester dans ton coin avec tes mots, aucun problème. Mais si l’envie te prend de partager, tu peux publier ton texte directement dans l’espace Commentaires en bas de cet atelier, sur le site. C’est là que les autres participants pourront te lire, réagir, et peut-être même t’inspirer pour la suite.

Ce moment, c’est le tien. Alors, laisse-toi aller. Même si tu n’as jamais écrit sur l’alcool ou que tu crois “ne pas savoir écrire”, tu verras qu’une fois la première phrase lancée, tout s’enchaîne.


Exemples inspirants

Tu as ton thème, tes idées… mais tu bloques encore ? Pas de panique. Voici quelques mini-textes pour te montrer à quel point on peut aborder l’alcool comme personnage de mille façons différentes.

Lettre à l’alcool

Cher Alcool,
On s’est rencontrés trop tôt. Tu étais séduisant, sûr de toi, et moi j’étais trop jeune pour comprendre. Aujourd’hui, je t’écris pour te dire que je n’ai plus besoin de toi. Enfin… sauf peut-être à Noël.

Dialogue avec une bouteille

— Tu sais que tu ne m’as jamais vraiment aidé, hein ?
— Faux. Je t’ai tenu compagnie.
— Oui… comme un chat qui griffe les rideaux.

Scènes miroir

Avec alcool : Pierre riait fort, un verre à la main, persuadé d’être l’âme de la soirée.
Sans alcool : Pierre observait, tranquille, les autres rire… et il se surprit à se sentir bien.

Métaphore

L’alcool entrait dans sa vie comme un hiver trop long. D’abord la neige était jolie. Puis elle s’accumulait, et les chemins devinrent impraticables.

Ces exemples ne sont pas là pour que tu les copies, mais pour te montrer qu’en écrivant sur l’alcool, tu peux être drôle, tendre, cruel, ou même poétique. L’important, c’est de trouver la voix qui te ressemble.

Et toi, quelle histoire vas-tu raconter ?

Voilà, tu as tout : le thème, les pistes, les conseils, et même quelques exemples pour chauffer ta plume. Maintenant, c’est ton tour.

Tu peux choisir la sincérité brute, la fiction totale, ou un mélange des deux. Tu peux faire rire, émouvoir, déranger, surprendre. Tu peux écrire sur l’alcool comme sur un vieil ami, un ennemi juré, un amant capricieux ou un clown triste. L’important, c’est que ton texte porte ta voix, tes images, ton rythme.

Alors, installe-toi. Mets ton téléphone en silencieux. Prends ce stylo qui traîne ou ouvre ton document vierge. Et lance-toi, même si ce n’est que pour écrire une seule phrase. Une phrase en amènera une autre, puis encore une… et avant que tu t’en rendes compte, tu auras un texte qui te ressemble.

Et si tu veux partager ton histoire, elle t’attend dans l’espace Commentaires, en bas de cet atelier.

Alors… à toi d’ouvrir la bouteille. De créativité, bien sûr.

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Et au cas où, un lien utile sur l’alcool : Alcool Info Services

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2 Commentaires

  1. Marie Claire Madiot

    Atelier d écriture.Et si l alcool était un personnage.
    Je m’appelle ALCOOL,je suis fier,grand,je n ai peur de rien.Je suis invité a toute les fêtes entre copains, famille etc…Les gens rient aux éclats, racontent des histoires drôles.Je me trouve hyper utile et lorsqu ils vont moins bien,je suis la pour les réconforter…

    Je suis son quotidien,je m appel Heineken ou jack Daniel’s.Il se sent tellement mieux avec moi,plus ça va et moins de monde a venir le voir Son téléphone sonne mais il ne répond pas.Il préfère ma compagnie,je suis rassurant, silencieux,Je ne lui fait pas la morale comme sa famille,ses proches.Moi je suis ravie qu il m aime autant,je suis quelqu’un de bien. Néanmoins je trouve qu’il s’est isolé de plus en plus.Il m’a quitté plusieurs fois pour des séjours de remise en forme.Les retours étaient froids au début,il ne voulait plus me voir . Mais c’était plus fort que lui et nos retrouvailles étaient waouh.Il mentait beaucoup mais je trouve que c’est bien pour se tirer d’affaire.J’étais devenu tellement important pour lui,il voulait me prouver qu’il était le plus fort…Eh NON,j’ai gagné….Il est parti avec ses démons et son silence,je ne l’ ai pas aidé a sortir de cette spirale.Apres ce n’est pas mon rôle…Je suis bon mais avec modération.Il n a pas su trouver ses limites.A toi O… mon pote.

    Réponse
  2. Cristof

    Conversation avec Ebrietas

    Dans un petit bar de Châteaubriant, au fond d’un quartier populaire, l’heure s’étire comme un vieux rideau qu’on ne prend plus la peine de tirer. La lumière jaune éclaire les tables vides, sauf une. À cette table, fidèle au poste, trône Grand Jacques. Personne ne l’appelle autrement, et lui non plus ne réclame pas de prénom. Sa silhouette massive s’incline sur son verre comme sur une confidence.
    Ce soir encore, il parle à Ebrietas. Pas à la bouteille, pas vraiment : à la femme qu’il croit voir dans ses reflets. Une femme changeante, capricieuse, qui tantôt l’embrasse et tantôt le gifle. Il l’aime comme on aime une amante qu’on n’arrive pas à quitter. Mais on sent bien qu’il s’en méfie. Dans ses yeux rougis, il y a cette défiance mêlée de tendresse, comme si chaque gorgée pouvait être la dernière caresse ou la dernière trahison.
    — T’es belle, toi, murmure-t-il parfois, la main tremblante sur le verre.
    Puis il se ravise, il grogne, il rit.
    — Mais tu mens, hein ? Tu me fais croire que demain sera léger, alors qu’il sera lourd comme tes silences.
    La taulière du bar ne dit rien. Elle connaît cette scène par cœur. Les chaises sont rangées, le balai attend dans un coin, mais personne n’oserait déloger Grand Jacques de sa conversation. C’est son théâtre, sa dernière chanson. Et Ebrietas, invisible pour les autres, joue son rôle avec patience.
    Autour de lui, les murs ont entendu mille fois cette histoire : l’homme qui parle à son ivresse comme à une femme qu’il aime trop. Il n’a plus besoin d’auditoire ; son dialogue se suffit à lui-même. Parfois, une larme lui échappe, aussitôt effacée par un éclat de rire sonore.
    « Non, je ne pleure pas, je chante et je suis gai », lance-t-il, comme s’il répétait un vieux refrain.
    Dans ce petit bar, les heures n’ont plus de prise. Dehors, la ville dort. Dedans, Grand Jacques se débat avec sa compagne invisible. Il l’accuse, il la supplie, il la caresse du regard. Il l’appelle, il la maudit. Ebrietas, assise en face de lui, garde son secret.
    Et moi, je regarde ce personnage hors du commun. Je ne sais pas s’il est en train de se noyer ou de flotter. Je sais seulement qu’il parle à une femme qui n’existe que pour lui, et que chaque mot, chaque gorgée, chaque soupir, est une façon de rester vivant un peu plus longtemps, malgré elle, grâce à elle.
    Grand Jacques se penche, colle presque son front au goulot.
    — T’es toujours là, hein ? T’as pas honte de me regarder comme ça ? Tu m’ensorcelles, ma garce. Tu m’fais croire que je chante encore juste… mais j’sais bien que je beugle comme un chien.
    Une voix lui répond. Grave, fatiguée, mais claire :
    — T’es surtout en train de pleurer, Grand Jacques. Et moi, je croyais qu’un mec comme toi, ça pouvait pas pleurer.
    Il redresse la tête, surpris. Les mots ont résonné, mais il n’a pas cherché d’où ils venaient. Pour lui, c’est bien Ebrietas qui lui parle.
    — Oh, toi, ferme-la pas… Reste un peu. Sans toi, j’suis qu’une épave.
    — T’es déjà une épave, Grand Jacques. Et c’est pas moi qui t’y mets, c’est toi tout seul. Regarde-toi… y a des larmes pleines ta bière.
    Il ricane, essuie maladroitement ses joues avec sa manche.
    — Tu m’attaques encore, hein ? Mais j’te connais, tu m’aimes trop pour m’laisser.
    — Moi, t’aimer ? Allons, arrête. Ce que tu cherches, c’est pas de l’amour, c’est de l’oubli.
    Un silence. La salle respire à peine. On entend au loin une voiture passer, puis plus rien.
    — Demain… demain j’irai mieux, balbutie-t-il. Demain j’irai bosser, j’ferai des chansons, j’sais pas… demain sera léger.
    — Demain sera lourd, Jacques. Comme aujourd’hui, comme hier. Tant que tu refuses de fermer le livre, t’en es toujours à relire la même page.
    Il ferme les yeux. Il croit que la bouteille l’engueule. Mais derrière le comptoir, la taulière continue de l’observer. Ses mots sortent d’elle comme des soupirs qu’elle ne sait plus retenir. Elle parle à travers Ebrietas, comme si elle s’était déguisée en voix de l’ivresse.
    — Allez, Grand Jacques, dit-elle encore. Il est tard. Le bistrot va fermer, et puis tu commences à me gonfler.
    Il sourit, presque heureux d’entendre ça.
    — C’est bien toi, hein ? T’es dure, mais t’es douce. T’es la seule qui m’cause.
    La taulière soupire, mais elle continue le jeu. Elle sait que c’est ça ou le silence mortel.
    — Si je te parle, c’est pour que t’arrêtes. T’as assez noyé tes chansons, assez noyé ta peine. Y a d’autres femmes que moi. Des vraies. Des vivantes.
    — Des vivantes ?… Ah non, elles, elles m’ont toutes quitté. Toi, t’es restée. Même si tu m’tues, t’es là.
    Il lève son verre comme on lèverait un défi. La taulière se rapproche enfin, essuie d’un geste sec le comptoir.
    — Bois celui-là, Grand Jacques. Mais ce sera le dernier. Après tu rentres. Je veux pas qu’on ramasse ton cadavre sur ma banquette.
    Il la regarde. Pour une seconde, il croit voir la bouteille sourire. Ou la taulière. Ou les deux.
    Grand Jacques relève son verre, titube un peu sur sa chaise.
    — Encore un, ma belle. Avec toi, j’ai plus de chagrin. Tu sais me consoler, hein ?
    La voix fuse, sèche, du fond du bar :
    — Non, Jacques. Je t’endors, c’est tout. Ton chagrin, il reste là, bien accroché. Et demain matin, il pèsera le double.
    Il plisse les yeux. Pour lui, c’est la bouteille qui parle.
    — Tu mens, encore… Demain, j’serai léger comme un gosse. J’irai danser, chanter, courir au soleil. Tu verras.
    — Tu verras rien, tu verras flou. Et si tu continues, tu verras plus du tout. Arrête de rêver, Grand Jacques. C’est pas de moi qu’il faut t’enivrer, c’est de la vie.
    Il ricane, se penche sur son verre.
    — La vie ? Elle m’a roulé. Elle m’a craché à la gueule. Toi au moins, t’es fidèle. T’es là, tous les soirs. T’es ma seule femme qui s’barre pas.
    La taulière s’approche, un torchon sur l’épaule. Elle pose les coudes sur le comptoir.
    — J’suis pas ta femme, Jacques. J’suis ton miroir. Et crois-moi, t’es pas beau à voir.
    Il rit fort, un rire qui fait mal aux oreilles.
    — Pas beau ? T’es dure, ma belle. Tu m’parlais mieux hier. Hier tu m’as dit que j’étais ton poète, ton chanteur de misère.
    — Hier tu délirais. Comme ce soir d’ailleurs. La vérité, c’est que tu fais pitié. Ce que tu fredonnes, c’est pas une chanson. C’est ta vie.
    Jacques serre son verre comme un talisman.
    — Me fais pas ça. Me laisse pas tomber. J’ai besoin d’toi, tu comprends ? Sans toi, j’meurs.
    Elle soupire, secoue la tête.
    — Avec moi, tu meurs aussi, mais plus lentement. Regarde-toi… tu crois que t’es vivant ? T’as le cœur éteint, t’as plus d’yeux, plus de mains. T’es une ombre qui braille dans mon bar.
    Un silence lourd. La pluie cogne contre les vitres. On entend le frigo ronronner derrière le comptoir.
    Jacques baisse la tête, sa voix devient plus douce.
    — Alors quoi… Tu veux que j’rentre ? Que j’parte tout seul dans la nuit ?
    — Ouais, Jacques. Tu rentres. Comme Manu. Le bistrot va fermer, et tu commences à me gonfler. Rentre chez toi. T’as déjà assez pleuré pour trois vies.
    Il se redresse, vacille. On dirait un gosse pris en faute.
    — Tu veux plus de moi ? Tu m’jètes, toi aussi ? Me jette pas ! J’me ferai tout petit, tout plat. Ou jette-toi avec moi.
    Elle s’adoucit un instant.
    — J’te jette pas. J’te sauve. Si tu continues à m’aimer comme ça, tu finiras par m’détester. Et crois-moi, Jacques, y a pas pire amour que celui qu’on maudit.
    Il se lève enfin, la main encore crispée sur son verre. Ses yeux brillent d’un reste de révolte, d’un reste de tendresse.
    — T’es cruelle, ma belle. Mais j’crois bien qu’t’as raison.
    Elle hoche la tête.
    — J’suis pas cruelle. J’suis la taulière. Et j’te parle comme Ebrietas, parce que moi, tu m’écoutes jamais.
    Il éclate d’un rire triste, presque beau.
    — Alors c’était toi, tout ce temps ? Pas la bouteille ?
    — Si ça peut t’aider, Jacques, dis-toi que c’était elle. Mais demain, souviens-toi que c’était moi.
    — Merci, ma garce. Merci, ma reine. Merci, Ebrietas.
    La taulière hausse les épaules, range les verres.
    Grand Jacques secoue son verre vide, comme pour en extraire une dernière goutte.
    — Ami… remplis mon verre, encore un et j’va… encore un et j’vais…
    Sa voix se brise, mais il continue de fredonner, faux, cassé.
    — Non, j’pleure pas… j’chante, et j’suis gai… mais j’ai mal d’être moi.
    Il éclate d’un rire triste, les yeux noyés. Puis il s’adresse au goulot de sa bouteille.
    — T’entends, toi ? C’est moi tout craché, ça. Mal d’être moi… Tu m’fais mal et tu m’rends gai. C’est pour ça que j’t’aime.
    La voix de la taulière résonne, rauque, fatiguée :
    — Et moi j’te dis, Grand Jacques, t’as des larmes plein ta bière.
    Il relève la tête, surpris. Mais il ne doute pas : c’est la bouteille qui parle.
    — Des larmes ? Mais non, ma douce, c’est du vin… du rouge, comme ton sourire.
    — Du rouge, ouais. Mais pas celui de l’amour. Le bistrot va fermer, Jacques. Et puis tu m’gonfles.
    Il rit de plus belle, tape la table de son poing.
    — Ça, c’est toi, ma belle ! Dure, mais fidèle. Dis-le encore !
    — J’croyais qu’un mec comme toi, ça savait pas pleurer. J’pensais même que souffrir, ça pouvait pas t’arriver.
    Grand Jacques serre son verre contre lui comme un enfant son jouet.
    — Souffrir ?… J’suis né avec la souffrance au ventre. Mais toi, tu m’fais oublier.
    — Tu crois ? Regarde-toi. Ton cuir, tes tatouages, tes gueules de dur… C’est qu’un blindage. Ton cœur d’artichaut, il dégouline sur mon comptoir.
    Il baisse les yeux, comme pris en faute. Puis il murmure :
    — Eh déconne pas, ma belle… Va pas m’abandonner. Une femme de perdue… c’est dix copains qui reviennent, qu’y disent. Mais moi, j’ai plus de copains. Toi t’es la dernière.
    La taulière croise les bras. Elle s’approche, sa voix devient plus douce, presque maternelle , toujours faisant croire à Jacques que c’est Ebrietas qui lui parle.
    — Jacques, tu t’fais mal tout seul. Tu crois qu’t’as trouvé la nana faite pour toi. Mais moi, j’suis faite pour personne. J’suis qu’un mirage au fond d’un verre.
    — Un mirage ? Alors laisse-moi m’y noyer.
    — Non. Parce qu’à force, tu t’noieras pas, tu t’perdras. Et moi, j’ai pas envie d’te retrouver étalé un matin, froid comme ma cave.
    Il ferme les yeux, fredonne encore, et dans une sorte de litanie ivre :
    — « Ami remplis mon verre… encore un et j’vais… Eh Grand Jacques, rentre chez toi… le bistrot va fermer… »
    Sa voix s’éteint dans un hoquet. Il se tient la tête entre les mains.
    La taulière s’accroupit face à lui, le fixe.
    — Regarde-moi, Grand Jacques. T’es pas seul. Mais si tu continues, tu vas l’être pour de bon. Elle reviendra pas, ta gonzesse. Elle est plus amoureuse, faut qu’tu t’arraches.
    Il secoue la tête.
    — Elle m’aimait… Elle m’aimait, j’te dis ! C’est moi qui ai merdé. Si j’avais été un autre, elle…
    — Si, si, si. Tu t’perds dans les si, Jacques. Elle voulait pas d’tes “si”. Elle voulait pas d’toi. Et tu l’sais.
    Un silence. Ses épaules s’affaissent. Le géant semble rapetisser sur sa chaise.
    — Alors quoi ?… J’rentre ? Comme Manu ? J’me tire seul dans la nuit ?
    — Ouais. Comme Manu. Mais sans les veines ouvertes, hein. Tu rentres, comme Gérard et sa mobylette, aussi. Tu rentres debout, et tu reviens demain, sobre. Et p’t-être qu’un jour, tu chanteras sans moi.
    Il relève la tête. Ses yeux brillent, pleins d’une tendresse ivre.
    — T’es cruelle, mais t’as raison. Tu m’sauves en m’flinguant. C’est pour ça que j’t’aime.
    Il hoche la tête, lentement. Se lève, vacille, mais ne reprend pas son verre. Il enfile sa veste. Avant de sortir, il murmure :
    — Merci, ma garce. Merci, ma reine. Merci, Ebrietas.
    La taulière secoue la tête.
    — Va dormir, Grand Jacques. Et arrête de croire que je suis ta reine. J’suis juste la taulière.
    Il disparaît dans la nuit, avalé par la pluie. La salle retombe dans son silence. Et sur le comptoir, la bouteille garde son sourire cruel.
    Je regarde Grand Jaques s’éloigner en titubant.
    Dehors, la nuit l’avale.

    Christophe GREGOIRE
    25.08.2025

    Réponse

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Eh bien… moi ! Christophe GRÉGOIRE, rédacteur web SEO, écrivain public, auteur de nouvelles littéraires publiées (oui oui, farfelues parfois, émouvantes souvent, mais toujours bien écrites), et ancien webmaster reconverti dans le monde merveilleux des mots.

J’ai longtemps jonglé entre balises HTML et récits de fiction, entre lignes de code et lignes de texte. Résultat ? Aujourd’hui, je mets ma plume au service des autres — que ce soit pour rédiger un article optimisé, vous aider à écrire une lettre qui vous ressemble, ou simplement vous débloquer face à la page blanche.

Ah, et le site sur lequel vous êtes en ce moment, de la structure à la dernière virgule, c’est moi qui l’ai fait. Oui, tout seul, avec mes petites mains et mon petit cerveau de passionné, parce que quand on aime vraiment écrire (et un peu bidouiller), on finit par tout faire soi-même.

Cela dit… les lignes de code PHP, Javascript ou CSS, c’est derrière moi. Aujourd’hui, je n’ai plus un seul cheveu à m’arracher, alors j’évite. Mais je peux encore dépanner un ami, ou filer un coup de main pour un petit site simple, quand le besoin est là… et que le café est excellent.

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Écrivain public et rédacteur web SEO, j’aide particuliers et pros à mettre les bons mots au bon endroit : courriers administratifs, lettres sensibles, documents officiels… et contenus web clairs, optimisés et vraiment humains (pages, articles, relectures).
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