Premier confinement Covid : ce jour où le monde s’est arrêté
Le premier confinement Covid n’a pas seulement fermé des portes. Il a aussi ouvert des silences. Peut-être que tu t’en souviens très bien. Ou peut-être que tout s’est mélangé, comme un rêve un peu flou dont il reste seulement quelques images. Une rue vide à midi. Une attestation que tu as remplie en hésitant sur la case à cocher. Le bruit d’un voisin que tu n’avais jamais entendu avant, simplement parce que, pour une fois, plus rien ne couvrait ce son.
Au début, certains ont cru à une parenthèse de quelques jours. Une sorte de pause forcée. Mais très vite, les jours ont commencé à se ressembler. Le lundi avait le goût du dimanche. Le mercredi ressemblait à un mardi déguisé. Et le temps, lui, avançait sans demander la permission.
Beaucoup de personnes ont gardé des souvenirs du confinement 2020 sans jamais les écrire. Pourtant, ces souvenirs existent toujours. Ils attendent quelque part, souvent dans un détail minuscule. Une tasse oubliée sur une table. Un jogging devenu uniforme officiel. Ou ce moment précis où tu as regardé par la fenêtre, sans raison, simplement pour vérifier que le monde existait encore.
Écrire sur cette période n’a rien d’un exercice scolaire. Tu ne dois rien prouver. Tu ne dois pas être fidèle à chaque minute. Tu dois seulement retrouver un instant. Un fragment. Une sensation. Parce que l’écriture fonctionne comme une clé. Elle ne change pas ce qui s’est passé. Mais elle permet d’ouvrir une porte que tu avais peut-être refermée sans t’en rendre compte.
Cet atelier d’écriture confinement ne te demande pas de raconter toute ton histoire. Ce serait trop long. Et honnêtement, un peu prétentieux pour une simple feuille de papier. Non. Il te propose seulement de revenir dans un moment précis. Celui que tu choisis. Celui qui insiste encore, même discrètement.
Peut-être que c’était le premier matin, quand tu as compris que tu n’avais nulle part où aller. Peut-être que c’était au contraire un soir, très tard, quand le silence était devenu presque confortable. Ou peut-être que c’était un instant banal. Un instant qui, sur le moment, ne signifiait rien. Et qui, aujourd’hui, signifie tout.
Tu n’as besoin que de quelques minutes. Et d’un peu de curiosité envers toi-même.
Pourquoi écrire ses souvenirs du confinement change quelque chose

« Motif de sortie : aller jusqu’au bout de sa phrase. »
Tu pourrais te dire que tout cela appartient au passé, et que cela ne sert à rien d’y revenir. Pourtant, écrire agit différemment de la simple mémoire. Quand tu penses à un souvenir, il reste souvent vague, incomplet, presque abstrait. Mais dès que tu poses des mots dessus, il devient concret. Tu lui donnes une forme. Tu lui redonnes une place.
Pendant la vie pendant le confinement Covid, beaucoup de choses ont été mises entre parenthèses. Les projets. Les habitudes. Les rencontres. Et parfois, même la perception du temps. Certains ont découvert l’ennui, ce vieil inconnu que nos vies modernes avaient presque fait disparaître. D’autres ont découvert qu’ils pouvaient rester seuls sans se sentir seuls. Et d’autres encore ont simplement attendu, jour après jour, sans savoir exactement quoi attendre.
Écrire permet de comprendre ce que tu as vécu, mais aussi ce que tu as ressenti sans forcément le nommer à l’époque. Tu peux retrouver une inquiétude légère, ou au contraire une forme de calme inattendu. Tu peux aussi redécouvrir des détails qui te feront sourire aujourd’hui. Par exemple, le soin presque cérémonial avec lequel tu lavais tes mains, comme si tu participais à une expérience scientifique mondiale dans ta propre salle de bain.
Mais surtout, écrire te permet de reprendre le contrôle du récit. Le confinement était une situation imposée. Tu n’avais rien choisi. En revanche, aujourd’hui, tu peux choisir la manière dont tu t’en souviens. Tu peux décider de raconter une attente, une absurdité, une découverte, ou même un moment drôle. Parce qu’il y en a eu, malgré tout. Il suffit parfois de chercher un peu.
Cet exercice d’écriture autobiographique n’a pas pour but de produire un texte parfait. Il sert simplement à faire revenir un instant à la surface. Et souvent, une fois que le premier mot arrive, les autres suivent sans discuter.
Retrouver une scène précise plutôt qu’une période entière
Quand on pense au confinement, on imagine facilement une longue période uniforme. Pourtant, ce n’est jamais comme cela que la mémoire fonctionne. Elle ne garde pas des semaines entières. Elle garde des scènes. Des fragments. Des moments très courts qui contiennent tout le reste.
Par exemple, tu te souviens peut-être de la première fois où tu es sorti avec une attestation. Tu avais ce papier sur toi, presque comme un laissez-passer clandestin, alors que tu n’allais que jusqu’à la boulangerie. Tu marchais peut-être un peu plus vite que d’habitude, sans raison précise. Ou au contraire, tu marchais lentement, simplement parce que personne ne t’attendait.
Ou alors, ton souvenir n’est pas dehors, mais dedans. Une chaise déplacée près d’une fenêtre. Un ordinateur ouvert en permanence. Une télévision allumée plus souvent qu’avant. Ce genre de détail semble insignifiant. Pourtant, c’est exactement là que l’écriture devient vivante.
Si tu veux écrire sur le confinement, oublie l’idée de raconter « toute la période ». Choisis un instant de quelques minutes seulement. Imagine que tu es une caméra immobile. Que vois-tu ? Quelle heure est-il ? Quelle lumière entre dans la pièce ? Est-ce le matin, quand tout commence, ou le soir, quand tu réalises qu’une journée de plus vient de passer sans événement particulier ?
Ensuite, fais confiance à ce qui revient. Même si cela te paraît banal. Le banal est souvent ce qu’il y a de plus universel. Et c’est précisément ce qui permet aux autres de se reconnaître dans ce que tu écris.
Atelier d’écriture confinement : la consigne
Maintenant, il ne s’agit plus de réfléchir. Il s’agit d’écrire. Pas longtemps. Pas parfaitement. Juste honnêtement.
Je te propose de choisir un moment précis du premier confinement Covid. Pas une semaine entière. Pas un résumé. Seulement une scène. Cela peut durer trente secondes ou dix minutes, mais pas plus. Imagine que tu y es à nouveau. Tu es dans la pièce. Ou dans la rue. Ou devant une fenêtre. Ensuite, écris cette scène au présent, comme si elle se déroulait maintenant.
Décris ce que tu vois en premier. La lumière, les objets, les couleurs. Puis ce que tu entends. Peut-être le silence, justement. Ou un bruit inhabituel. Enfin, écris ce que tu ressens. Pas ce que tu penses devoir ressentir. Ce que tu ressens vraiment. Ne cherche pas de belles phrases. Si une phrase est simple, elle est déjà suffisante. Si tu hésites, décris un objet. Un objet devient souvent une porte vers le reste. Si tu ne sais pas par où commencer, utilise simplement cette phrase :
« Je regarde autour de moi et je comprends que quelque chose a changé. »
Continue ensuite sans t’arrêter pendant dix minutes. Même si tu écris lentement. Même si tu écris peu. L’important n’est pas la quantité. C’est la présence. Tu peux aussi inventer. Rien ne t’oblige à être fidèle à la réalité. Tu peux écrire à partir d’un détail vrai et laisser le reste se transformer. C’est souvent comme cela que les textes les plus sincères apparaissent.
Quand les mots hésitent, il suffit de commencer petit
Il est possible que tu restes quelques minutes sans écrire. C’est normal. Le cerveau adore trouver des excuses. Il dit des choses comme « ce n’est pas intéressant » ou « je n’ai rien vécu de spécial ». Pourtant, presque tout le monde garde un journal du confinement, même s’il n’a jamais été écrit.
Par exemple, tu peux commencer par une phrase très simple : « Il est 15 h et je ne sais pas quel jour nous sommes. » Cette phrase, à elle seule, contient déjà une ambiance. Elle contient déjà une époque.
Tu peux aussi décrire un geste. Faire du café. Ouvrir une fenêtre. Regarder ton téléphone sans raison. Ces gestes existaient avant. Mais pendant le confinement, ils avaient une densité différente. Ils remplissaient le vide.
Et si vraiment rien ne vient, change de point de vue. Imagine que tu es un objet dans la pièce. Une chaise qui ne bouge plus. Une porte qui ne s’ouvre presque jamais. Ou même cette fameuse attestation posée sur la table, attendant une sortie hypothétique. Cette distance rend souvent l’écriture plus facile.
Très vite, tu remarqueras que quelque chose se débloque. Une image appelle une autre image. Une phrase appelle une autre phrase. Et sans t’en rendre compte, tu auras écrit bien plus que prévu.
Écrire sur le confinement, c’est retrouver ce qui a changé
Aujourd’hui, tout semble avoir repris. Les rues sont pleines. Les agendas débordent. Et pourtant, il reste parfois une sensation étrange quand tu repenses à cette période. Comme si le monde avait montré un autre visage pendant quelques semaines, puis avait fait semblant de l’oublier.
Écrire permet justement de ne pas perdre complètement ce visage-là. Pas pour rester bloqué dans le passé. Mais pour comprendre ce que cette période a déplacé en toi. Peut-être que tu as découvert une peur que tu ignorais. Ou au contraire une capacité d’adaptation que tu ne soupçonnais pas. Peut-être que tu as compris l’importance d’une présence, ou l’importance d’un silence.
Les souvenirs du confinement ne sont pas seulement des souvenirs historiques. Ce sont aussi des souvenirs personnels. Personne d’autre n’a vécu exactement le même moment que toi, au même endroit, avec les mêmes pensées. Et c’est précisément ce qui rend ton texte unique.
Même quelques lignes suffisent. Une demi-page. Parfois moins. L’écriture n’a pas besoin d’être longue pour être vraie.
Et maintenant, à ton tour
Tu peux fermer cet écran maintenant. Prendre une feuille. Ou ouvrir un document vide. Et revenir, quelques instants, dans ce premier confinement Covid qui a suspendu le monde. Écris sans te relire tout de suite. Laisse les phrases venir comme elles veulent. Certaines seront maladroites. D’autres seront justes sans que tu comprennes pourquoi.
Et si tu en as envie, tu peux partager ton texte en commentaire. Pas pour être jugé. Simplement pour lui donner une existence en dehors de toi. Parce que parfois, écrire un souvenir, c’est aussi une façon de lui dire qu’il peut enfin se reposer.
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