Le plat de mon enfance : écrire un souvenir qui a du goût

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Le plat de mon enfance : quand un souvenir revient sans prévenir

Le plat de mon enfance ne frappe jamais à la porte. Il débarque sans prévenir, souvent quand tu t’y attends le moins. Une odeur qui traverse la cuisine, un goût croisé par hasard, et te voilà projeté des années en arrière. Pourtant, tu n’avais rien demandé. Mais voilà : les souvenirs d’enfance ont cette fâcheuse tendance à refaire surface dès qu’un repas de famille, une cuisine de mon enfance ou un simple détail sensoriel s’invite dans le présent.

Mais ce qui est étonnant, c’est que ce souvenir ne revient jamais seul. Avec lui, remontent des images floues ou très précises, des gestes oubliés, des silences, parfois même des émotions que tu croyais rangées pour de bon. Donc non, il ne s’agit pas seulement de manger. Il s’agit de mémoire sensorielle, de goûts de l’enfance, de ces petits riens qui racontent beaucoup plus que ce qu’il y avait dans l’assiette.

Et c’est là que l’écriture entre en jeu. Pas pour faire joli, ni pour bien écrire. Mais pour attraper ce souvenir gourmand avant qu’il ne se dissolve. Écrire un souvenir, surtout quand il passe par la cuisine, permet de poser des mots sur ce qui d’habitude échappe. Pourtant, tu vas voir, nul besoin d’avoir l’âme d’un écrivain ni de chercher la phrase parfaite. Ici, on part du réel, du vécu, du concret. D’un plat, tout simplement. Et à partir de là, on laisse venir le reste.

Pourquoi les plats de l’enfance marquent autant nos souvenirs

Plat de mon enfance posé sur une table de cuisine, cahier d’écriture ouvert et main d’enfant attrapant un repas de famille

Essayer d’écrire un souvenir… pendant que ton enfance se ressert.

Un plat ne se contente jamais de nourrir. Il raconte. Il parle sans mots, mais il parle fort. Et souvent, il parle de toi. Les souvenirs d’enfance s’accrochent volontiers aux choses simples : une table un peu bancale, une cocotte cabossée, une odeur qui s’incruste dans les murs. Donc forcément, la cuisine de mon enfance devient un terrain de jeu idéal pour la mémoire.

Mais pourquoi ce sont toujours les mêmes plats qui reviennent ? Pourquoi pas le repas banal du mardi soir, mais celui-là, précisément ? La réponse tient en grande partie à la mémoire sensorielle. Le goût, l’odeur, la texture réveillent des zones du souvenir que le mental laisse tranquilles le reste du temps. Les goûts de l’enfance ne demandent pas la permission. Ils appuient sur un interrupteur, et la lumière s’allume.

Pourtant, ce qui remonte n’est pas toujours agréable. Parfois, un repas de famille rappelle aussi des tensions, des absences, ou des moments qu’on n’a pas su nommer à l’époque. Mais justement, l’écriture permet de regarder ces souvenirs sans les juger. Écrire un souvenir, ce n’est pas le glorifier. C’est l’accueillir tel qu’il se présente, avec ses saveurs et ses zones d’ombre.

Et puis il y a les détails. La façon dont quelqu’un goûtait avant de saler. Le silence juste avant de servir. L’impatience autour de la table. Ces éléments-là ne figurent dans aucune recette, pourtant ils font toute la différence. Ils transforment un simple plat en souvenir vivant. Voilà pourquoi l’écriture a toute sa place ici. Elle permet de redonner de l’épaisseur à ce que la mémoire a aplati avec le temps.

Cet atelier d’écriture : partir d’un souvenir simple et vrai

Tu pourrais croire qu’un atelier d’écriture commence par des consignes compliquées ou des règles strictes. Pourtant, ici, c’est l’inverse. On commence par quelque chose que tu connais déjà. Un plat. Un souvenir gourmand. Rien d’impressionnant. Juste un point d’appui.

L’idée de cet atelier d’écriture n’est pas de produire un texte remarquable. D’ailleurs, personne ne t’attend au tournant. L’objectif est ailleurs. Il s’agit d’écriture personnelle, d’un moment que tu t’accordes, sans pression, sans attente extérieure. Donc tu peux écrire peu, beaucoup, ou t’arrêter en plein milieu. Tout est autorisé. Ce qui compte, c’est de rester proche du réel. De ne pas enjoliver à tout prix. Si le plat était trop salé, dis-le. S’il était toujours tiède, note-le. Les souvenirs d’enfance gagnent en force quand ils restent honnêtes. Et souvent, ce sont ces détails imparfaits qui touchent le plus. Mais attention, inutile de fouiller de force dans ta mémoire. Laisse venir. Parfois, un souvenir met un peu de temps à s’installer. D’autres fois, il surgit trop vite. Dans les deux cas, c’est très bien comme ça. L’écriture n’aime pas qu’on la presse.

Avant d’écrire : laisser revenir le plat de ton enfance

Avant de poser le moindre mot, prends un instant. Deux minutes suffisent. Pas besoin de te mettre dans une ambiance solennelle. Juste ralentir un peu. Ferme les yeux si ça t’aide, ou regarde autour de toi. Puis pense à ce plat. Pas à la recette. Au moment.

Où étais-tu ? À quelle heure de la journée ? Était-ce un jour particulier ou un jour ordinaire ? Ces questions ne cherchent pas des réponses parfaites. Elles servent seulement à remettre le décor en place. La mémoire affective fonctionne mieux quand elle a un cadre. Ensuite, observe ce qui arrive. Peut-être une odeur. Peut-être une image floue. Peut-être rien du tout, au début. Mais même ce “rien” a quelque chose à dire. L’écriture commence parfois par un silence. Et ce silence mérite d’être respecté.

N’essaie pas de décider à l’avance ce que tu vas écrire. Laisse le souvenir guider la main. Tu verras, souvent, le corps se souvient avant la tête. C’est pour ça que les souvenirs gustatifs sont de si bons déclencheurs. Ils court-circuitent le raisonnement et vont droit à l’essentiel.

Questions pour réveiller les souvenirs d’enfance

Quand le souvenir commence à se dessiner, quelques questions peuvent t’aider à aller plus loin. Pas pour te compliquer la tâche, mais pour creuser doucement.

Qui préparait ce plat ? Était-ce toujours la même personne ou cela changeait-il ?
À quelle occasion revenait-il : fête, dimanche, urgence, habitude ?
Quelle odeur remplissait la pièce avant même que le plat arrive sur la table ?
Où étais-tu assis ? Toujours à la même place ou jamais ?
Qu’attendais-tu de ce moment, sans le formuler à l’époque ?

Ces questions ne sont pas un interrogatoire. Tu peux en choisir une, plusieurs, ou aucune. Parfois, une seule suffit à faire remonter tout le reste. Et parfois, elles ouvrent des chemins inattendus. C’est là que l’écriture devient intéressante. Elle ne suit pas toujours le plan prévu.

Écrire le plat de mon enfance : consignes simples

Maintenant, écris. Oui, aussi simplement que ça. Écris le plat de mon enfance comme il te revient. Sans chercher à bien faire. Sans te demander si c’est joli. Utilise des phrases courtes si c’est plus naturel pour toi. Ou longues, si tu préfères. Il n’y a pas de bonne forme. N’efface pas tout de suite. Laisse les maladresses. Elles font partie du souvenir. Écrire un souvenir, c’est accepter qu’il soit parfois bancal, incomplet, contradictoire. Mais justement, c’est ce qui le rend vrai.

Si tu bloques, reviens aux sensations. Le goût. La chaleur. Le bruit des couverts. Les repas de famille laissent toujours des traces sonores et tactiles. Ces détails ancrent le texte dans le réel et l’empêchent de flotter.

Quand l’écriture fait surgir plus qu’un souvenir gourmand

Souvent, tu t’en rends compte après coup. Ce texte que tu pensais écrire sur un plat parle en réalité d’autre chose. D’une relation. D’un manque. D’un attachement. L’écriture a ce talent-là. Elle commence par la cuisine et finit ailleurs. Mais ce n’est pas un problème. Au contraire. Les souvenirs d’enfance sont rarement simples. Ils mélangent le bon et le moins bon. Et écrire permet de faire de la place à tout ça, sans trancher. Tu peux être surpris par ce qui sort. Ou pas. Dans les deux cas, l’essentiel est d’avoir pris ce temps pour toi. L’atelier d’écriture n’impose aucune conclusion. Il ouvre simplement une porte.

Écrire pour soi, d’abord

Tu peux garder ton texte pour toi. Tu peux aussi le partager, si l’envie est là. Il n’y a aucune obligation. Écrire pour soi reste la priorité. Le plat de mon enfance n’appartient qu’à toi, même quand tu le racontes. Et puis, tu verras peut-être que ce premier pas donne envie d’aller plus loin. D’écrire un autre souvenir. Une autre scène. Une autre table. L’écriture fonctionne souvent comme ça. Elle commence modestement, puis elle s’installe.

Revenir à ces ateliers, quand tu en ressens le besoin, permet de garder ce lien avec toi-même. Sans pression. Sans performance. Juste pour le plaisir d’écrire, et de laisser les souvenirs faire leur chemin.

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4 Commentaires

  1. « Chic, y a des pains » Seulement quelques mots d’enfants au retour de l’école. Et puis cette odeur si caractéristique, une odeur de grillé. Ma mère faisait tout griller, même les quenelles dans du beurre au fond de la poêle, même les pâtes toujours dans du beurre au fond de la poêle.Une odeur de riches, ma mère disait que seuls les riches cuisinaient au beurre.

    Et pourtant, ces fameux « pains », je crois que nous étions la seule famille de l’école à les appeler comme cela, c’était bon pour les fins de mois. Mon père, ouvrier, devint contremaître. Ce mot de contremaître, je l’écrivais fièrement sur la fiche d’inscription, à la rentrée de septembre : profession du père : contre le maître. Ma nature déjà bien établie vis-à-vis de l’autorité aimait ce mot.

    Les « pains » étaient des tranches de pain rassis que l’on plongeait dans un mélange d’oeufs et de gruyère, passés à la poêle ou au four, selon l’humeur de ma mère. Ma mère était une taiseuse, soumise apparemment, mais en fait elle s’occupait de tout à sa manière et gare si on faisait autrement.

    J’appris beaucoup plus tard que nos « pains » étaient des pains perdus salés. Les copines, elles, avaient droit à des pains perdus sucrés. Pas perdus pour moi, j’y gagnais un goût d’enfance inoubliable, un alphabet à la lettre G comme gourmandise, le Goût du Gruyère Grillé.

    Et pendant de très longues années, j’ai tout fait grillé dans ma cuisine, ce n’est que lorsque j’ai été en Italie que j’ai eu droit aux plats al dente. Sous la dent. Sous les souvenirs qui se sont enfouis dans ma mémoire comme une simple odeur d’omelette fumante.

    Réponse
    • Chère Jacqueline,

      Un immense merci pour ce partage empreint de nostalgie et de saveurs. Votre texte illustre parfaitement ce que cet atelier cherche à réveiller : cette capacité d’un plat à convoquer tout un monde.

      Vous nous offrez bien plus qu’une recette ; c’est un portrait de famille saisissant. On y sent presque cette « odeur de riches » et la fierté enfantine liée au métier de votre père. J’ai particulièrement aimé votre analyse sur les « pains perdus salés » et votre alphabet gourmand : ce « G comme Gourmandise » et ce « Goût du Gruyère Grillé » résonnent avec une grande force évocatrice.

      Votre conclusion sur les souvenirs qui s’enfouissent comme une odeur d’omelette fumante est joliment poetique. C’est un superbe exemple de la façon dont la mémoire sensorielle peut structurer un récit de vie.

      Au plaisir de lire vos prochains textes !

      Réponse
  2. Un plat de mon enfance
    Le souvenir de la bouillie de blé noir.
    Maman la préparait principalement le soir, car nous mangions très rarement de la viande le soir. C’était ainsi et cela nous allait. Avec mon frère et ma sœur, nous étions super contents lorsque maman disait : « bouillie de blé noir ce soir ».
    Nous servions la table pour y être pour 20 h, heure du journal télévisé pour papa. Maman mélangeait dans la grande casserole jusqu’à ce que la bouillie soit épaisse comme il faut. Puis elle remplissait chaque assiette. Il y en avait toujours un peu plus, qu’elle mettait dans une autre assiette de côté.
    Nous nous mettions à table : ma sœur en face de maman, mon frère au bout, et moi en face de papa, sur une table rectangulaire. Nous faisions un puits dans notre bouillie pour y mettre un morceau de beurre salé. Et nous trempions notre cuillère de bouillie dans le beurre qui fondait tranquillement.
    Nous nous regardions tous les trois pour ne pas tout manger, car le meilleur était pour le petit déjeuner. Nous ne finissions pas notre bouillie, comme à chaque fois, et nous disions à maman : « pour demain matin ».
    Le lendemain matin, lorsque les parents venaient nous réveiller, nous dormions tous les trois dans la même chambre. Ces matins-là, nous ne mettions pas des plombes pour nous lever. Maman était en train de préparer la bouillie : elle avait durci un peu. Maman la coupait en cubes et la faisait revenir dans la poêle avec du beurre. Les cubes restaient fermes et, avec le beurre, changeaient de couleur. Cela faisait une fricassée.
    Et là, quand j’en parle à mon frère comme à ma sœur, nous avons nos papilles qui s’ouvrent, des souvenirs de délices. Un repas tellement simple, mais tellement bon.

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    • Merci MC pour cet atelier ! Eh oui, ça a un goût d’enfance tout ça…

      Réponse

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